Après trois ans d'attente, James Cameron nous ramène à Pandora avec "De feu et de cendres". Entre prouesse visuelle et déjà-vu scénaristique, le troisième volet de la saga divise.
Une claque visuelle... encore et toujours
Commençons par l'évidence : Avatar 3 est une expérience cinématographique hors norme. James Cameron repousse une nouvelle fois les limites de la technologie pour nous offrir un spectacle visuel époustouflant. Derrière nos lunettes 3D, chaque plan est une œuvre d'art en mouvement. Le réalisateur a sorti l'artillerie lourde avec des innovations techniques qui confirment son avance sur ses concurrents. Et contrairement aux craintes de certains, l'intelligence artificielle n'a pas été utilisée pour créer cet univers bleuté.
La saga Avatar a toujours été synonyme de révolution visuelle. En 2009, le premier opus avait scotché le monde entier. En 2022, "La voie de l'eau" avait poursuivi cette tradition avec un système de tournage inédit utilisant les caméras Venice de Sony. Trois ans plus tard, "De feu et de cendres" maintient ce niveau d'excellence technique. C'est magnifique, immersif, vertigineux.
Mais voilà : en 2025, une claque visuelle suffit-elle encore ?
Un scénario qui tourne en rond
C'est là que le bât blesse. Après 3h17 de projection, on se retrouve avec une sensation désagréable de déjà-vu. L'intrigue reprend la famille Sully en deuil après la mort brutale de Neteyam, tué lors d'un affrontement avec la RDA. Jake, Neytiri et leurs enfants accompagnent le jeune Spider vers le bastion d'Omatikaya pour le protéger. En chemin, ils rencontrent le peuple des Cendres et affrontent à nouveau le Colonel Quaritch et ses troupes.
Le problème ? On a l'impression d'avoir déjà vu ce film. Les thèmes sont similaires, les intrigues se répètent, certains plans font écho aux opus précédents. Contrairement au deuxième volet qui avait su approfondir ses personnages et ses thématiques, ce troisième chapitre n'apporte finalement que très peu de nouveautés. Le rythme peine à se maintenir et le temps paraît long malgré l'enchaînement des prouesses visuelles.
Là où "La voie de l'eau" avait réussi à nous toucher et nous émerveiller avec plus de profondeur, "De feu et de cendres" déçoit par son manque de renouvellement narratif. Trois heures pour un scénario aussi redondant, c'est long. Très long.
L'espoir des exploitants de salles
Pourtant, dans les salles obscures de France, on attend ce film comme le messie. Après une année 2025 catastrophique pour la fréquentation (-15,6% sur les onze premiers mois par rapport à 2024), Avatar 3 représente une bouée de sauvetage pour les exploitants.
"Avatar, c'est une certitude pour l'exploitant et pour le monde du cinéma", résume Evrard Zaouche, directeur du CGR de Nîmes. Les deux premiers volets avaient dépassé les 14 millions d'entrées en France. Les préventes explosent déjà : plus de 3 500 billets vendus au Pathé Odysseum de Montpellier, avec des salles IMAX et 4DX qui affichent complet.
Les cinémas sortent le grand jeu : échassiers Na'vi à l'accueil, décorations immersives, séances en MX-4D avec fauteuils dynamiques. Tout est fait pour transformer la simple projection en événement, pour recréer ce réflexe de sortie qui s'est érodé depuis la pandémie.
Un pari sur l'avenir
James Cameron ne fait rien à moitié. La sortie française en avant-première mondiale sur 728 copies, le choix d'un ton plus sombre et guerrier, la durée fleuve de 3h17... tout indique que le cinéaste joue gros avec ce troisième volet.
Certes, un seul film ne sauvera pas l'année 2025 au box-office. "La fenêtre est trop courte", admettent les professionnels. Mais Avatar 3 peut rallumer quelque chose d'essentiel : l'envie de retourner au cinéma. "Sortir une fois donne envie de ressortir", souligne Cédric Fayolle du CGR Narbonne.
Le verdict : spectacle total, mais...
Avatar 3 est une pépite visuelle. Une expérience unique qui justifie à elle seule le déplacement en salle. James Cameron confirme son statut de visionnaire technique, capable de créer des univers dont la beauté coupe le souffle.
Mais voilà : la magie ne peut pas reposer éternellement sur les effets spéciaux. Avec un scénario trop creux, trop long, trop répétitif, ce troisième volet peine à convaincre au-delà du spectacle. On aurait voulu plus de substance, plus de renouvellement, plus de raisons narratives de revenir à Pandora.
L'avenir de la saga (car deux autres volets sont prévus) se jouera sur la capacité de Cameron à nous surprendre autrement que par la technique. Car si les yeux sont éblouis, le cœur, lui, attend toujours d'être touché aussi profondément que lors du premier voyage à Pandora.
Avatar : De feu et de cendres - En salles depuis le 17 décembre 2025 - Durée : 3h17